Pas là-bas. Pas sous ces cieux où l’on s’endort au bruit des bombes et où l’on se réveille au silence des tombes.
L’enfant qui serre sa sœur dans les décombres ne se pose pas la question. Il vit dans une parenthèse. Un entre-deux monde. Ni vraiment vivant, ni encore mort. Il respire, oui. Mais est-ce cela, vivre ? Quand l’école est un souvenir enseveli, que l’eau manque, que le ciel gronde comme un dieu cruel… que reste-t-il de la vie ?
La mer est là, tout près, mais elle n’apaise rien. Elle reflète seulement les flammes. Même les oiseaux ont fui. Il ne reste que les mères, les mains dans les gravats, appelant des prénoms que plus personne ne répondra. Et les pères, muets, figés, usés de prier.
Je me demande : que signifie « être en vie » quand chaque instant est un sursis ? Quand l’enfance est confisquée, quand les arbres ne portent plus de fruits mais des éclats de fer ?
Le monde regarde, soupire, détourne les yeux. Comme on détourne les yeux d’un mourant trop longtemps en train d’agoniser. Mais là-bas, la mort n’est pas un point final. Elle est une ponctuation quotidienne. Elle ne conclut pas, elle interrompt.
Alors, existe-t-il une vie avant la mort ? Oui, peut-être… mais pas pour ceux à qui l’on a arraché le droit de rêver. Pas pour ceux dont le berceau est un cratère, et l’avenir une rumeur floue.
Il ne suffit pas de battre du cœur pour être vivant. Il faut pouvoir aimer sans trembler. Rire sans honte. Dormir sans sursaut.
Et tant que les enfants de Gaza grandiront au milieu des ruines, Tant que le ciel s’effondrera sur leurs têtes comme une punition tombée sans péché, Alors non, il n’y aura pas de vie avant la mort. Seulement de longues absences. Et la mémoire des vivants qui auraient dû l’être davantage.